La dépendance aux technologies

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En période de stress et de bouleversements l’être humain a tendance à se réfugier dans des comportements connus et sécurisants. En ce qui me concerne, lorsque je me sens plus fragile et vulnérable, j’ai tendance à adopter des comportements qui vont m’étourdir afin d’éviter de faire face à la situation qui me perturbe. Cela se traduit bien souvent par la consommation compulsive des réseaux sociaux et l’écoute en continu d’émissions sur Netflix.

J’avais, au début de ma démarche, réussi à me libérer de cette habitude malsaine au profit de d’autres comportements plus productifs. Mais, on l’a déjà dit, l’équilibre n’est pas statique et la vie est ainsi faite qu’il faut sans cesse se réajuster afin de maintenir ses acquis. La vie change constamment et le moindre changement peut remettre en cause l’ordre établi. Quand on parle de grands changements, alors là, on peut vraiment avoir l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds, même si ceux-ci sont positifs.

Il y a environ six mois, lorsque j’ai entamé ma démarche, j’étais en retrait préventif car j’attendais mon deuxième enfant. Il va sans dire que j’avais beaucoup de temps pour prendre soin de moi, pousser ma réflexion et agir en conséquence afin d’améliorer mon existence. Je suis vraiment heureuse d’avoir utilisé ce temps à ma disposition pour effectuer ces changements nécessaires. Il fallait, par contre, que je m’attende à un choc à l’arrivée du tout petit. Après tout ce temps consacré à mes projets personnels et à moi-même, j’allais devoir me réhabituer à ce que ma vie tourne alentour d’un petit être entièrement dépendant. Laissez-moi vous dire, je n’y étais pas préparée.

Fatigue, impatience, régression de l’ainé et bébé au sommeil léger ont tous été des facteurs qui ont contribué à rendre la transition d’une famille de trois à une famille de quatre éprouvante. Mon cœur de maman était déchiré de voir mon grand garçon pleurer d’un sanglot emprunt de désarroi pour tout et pour rien. Je me sentais impuissante devant le manque de patience de mon conjoint (d’ordinaire d’humeur plutôt égale) face aux comportements régressifs de notre fils. J’étais déçue de ne plus avoir le temps ni l’énergie à consacrer à mes projets personnels. Bref, je sentais que ma famille entière avait les émotions à fleur de peau, mais je n’avais pas la force de la supporter.

C’est ainsi que malgré tous mes efforts des derniers mois, je me suis réfugiée dans mes vieux patterns. Je me suis remise à traverser mes journées téléphone à la main hypnotisée par l’écran que je faisais défiler inlassablement devant mes yeux. Heureusement, le travail que j’ai fait sur moi-même depuis le début de mon processus n’avait pas été en vain et je me suis rapidement ressaisie. C’est qu’avec ce comportement de fuite venait un lot d’autres habitudes néfastes que j’avais pourtant réussi à éliminer de ma vie. Tout d’un coup, je me suis remise à avoir des paroles dures envers moi-même, j’ai relâché mes efforts par rapport à mon alimentation, le désordre a repris du terrain à la maison, je me négligeait à nouveau, j’étais d’humeur maussade et surtout, je donnais le mauvais exemple à mon grand garçon.

Prendre conscience que j’avais dévié de ma voie et perdu de vue mes objectifs pendant un instant m’a permis de voir l’impact que mon comportement avait sur mon fils.

Je suis peut-être emprunte de la nostalgie caractéristique de ma génération, mais j’aimerais bien donner une enfance comme celle que j’ai vécue à mes enfants : loin des réseaux sociaux et des émissions sur demande accessibles 24/7. J’ai peur lorsque je vois la place qu’occupe la technologie dans la vie de mon fils. J’ai peur lorsque je le vois rivé sur son écran incapable de répondre à une simple question que je lui pose, à ce point absorbé par ce qui défile devant lui, inactif, passif.

Force est d’admettre que nous avons souvent cédé à la facilité. Nous avons acheté quelques heures de calme en branchant notre enfant sur la tablette devant ses dessins animés. Mais voilà, sur le long terme, ce n’était pas gagnant.

Mise devant la réalité de la situation, je me suis rendue compte de l’impact que cela avait sur l’atmosphère familial tout entier. Nous étions rendu au point où si nous osions mettre une limite nous avions droit à une crise monumentale. Mon garçon exigeait la tablette dès le levé du lit, voulait constamment écouter des émissions ou jouer à des jeux vidéo. Il était devenu évident que nous étions pris dans un cercle vicieux qui engendrait son lot de comportements néfastes. Les émissions ayant souvent des scénarios qui tournent autour de personnages très polarisés (héros et méchants), on a commencé à voir transparaitre des propos et des comportements de violence dans les jeux de notre fils. Il était le super héro qui allait « tuer » le méchant! Ayant un jeu symbolique plutôt fort, la difficulté à distinguer le monde imaginaire de la réalité était un vrai défi pour lui. L’expression de cette violence jumelée aux crises qu’il faisait lorsqu’on imposait des limites et au fait que l’on commençait à remarquer une plus faible tolérance à l’ennuie et un besoin accrue à toujours être stimulé, nous on convaincu qu’on devait changer notre façon de faire.

Premièrement, je me devais de montrer l’exemple. J’ai retiré de mon téléphone les applications problématiques. Il n’était plus question de passer mes journées à écouter et réécouter des émissions en boucle. J’ai réadapté mes rituels quotidien afin qu’ils s’ajustent mieux à ma nouvelle réalité et je me suis remise à utiliser mon bullet journal afin de pas perdre le contrôle sur les tâches quotidiennes à accomplir.

Deuxièmement, je devais mettre des limites claires et bienveillantes à mon fils. Cette partie allait être plus délicate. Ayant vécu beaucoup d’évènements bouleversants dans la dernière année de sa petite vie, je craignais qu’il ne perçoive ces limites comme des punitions, ce qui était loin d’être mon intention.   Je devais trouver un moyen de lui transmettre ces nouvelles façons de faire en douceur, sans engendrer de confrontation.

Pour ce faire, j’ai porté une attention particulière aux mots que j’utilisais lorsque j’établissais ces limites. Je me suis efforcée d’éviter le mot « non » que j’ai remplacé par une formulation qui valide ses désirs et émotions et qui renforce également les bons comportements à mettre en place. Je pouvais donc dire : « Je comprends que tu aimerais écouter tes dessins animés toute la journée, maman aussi aimerait passer la journée à écouter ses émissions, mais , tu sais, ce n’est pas très bon pour nos yeux et notre cerveau d’être trop longtemps devant les écrans. Aimerais-tu jouer à… ». Je ne mentirai pas, ce n’est pas magique, mais j’ai quand même vu une amélioration notable en seulement deux jours. Les crises n’ont pas totalement disparues, mais je pense qu’il s’agit de faire preuve de constance et de persévérance.

Les effets de ce contact constant avec les appareils technologiques et écrans de ce monde sont nombreux. Je les remarque chez mon enfant, mais je les remarque chez moi aussi. De toute mon enfance, jamais je n’ai eu de problème de concentration ou d’attention. Pourtant, aujourd’hui, je constate qu’il m’est très difficile de ne faire qu’une seule chose à la fois. J’écoute une émission sur la tablette pendant que je joue à un jeu sur mon téléphone. J’ai honte de l’avouer. Je suis accro. Je ressens le besoin constant d’être stimulée. J’ai peur de l’ennuie. Et si je reconnais ces effets en moi, moi qui n’ai pas été élevée avec tous ces gadgets, quel impact ça aura sur le développement des mes enfants qui eux sont nés à une époque où ils sont omniprésents?

Dites-moi, quelle place occupe la technologie dans votre vie? Sentez-vous que vous entretenez une relation problématique avec elle? Quelles sont vos stratégies afin de maintenir un rapport sain avec ces outils qui sont censés nous faciliter la vie? J’aimerais connaître votre opinion.