Se choisir

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Dans le dernier article, on abordait l’idée de prendre soin de sa santé mentale au même titre qu’on prend soin de sa santé physique. On a identifié des pistes de solutions qui pouvait orienter notre réflexion afin d’agir concrètement sur la qualité de notre bien-être psychologique.

On a maintenant une bonne idée de ce qu’on doit faire, mais… mais quelque chose nous arrête. Ce que l’on n’a pas abordé la dernière fois c’est que lorsqu’on entame ce genre de démarche, il faut faire un choix qui ne semble pas toujours si évident à faire, celui de se choisir.

Dans notre société, c’est malheureusement encore perçu comme étant égoïste de se prioriser particulièrement chez la femme. On essais de nous faire croire qu’il existe une dichotomie entre prendre soin de soi et être présente à ceux qu’on aime, comme s’il était impossible de marier les deux. Notre société nous pousse à choisir. Bien souvent c’est notre propre bien-être qui échoppe au profit de nos obligations. Est-il réellement nécessaire de choisir?

Les générations précédentes ont été élevées selon le principe que le don de soi est une vertu à cultiver. Nous avons inconsciemment adopté cette croyance collective.

Alors, malgré nos meilleures intentions, on arrive difficilement à se mettre en action afin d’améliorer notre bien-être. Se pointe alors un sentiment bien connu de la plupart d’entre nous: la culpabilité.

Est-ce juste de croire qu’on devient une personne égoïste lorsqu’on se met dans le haut de notre liste des priorités?

Déconstruite les idées reçues

Si on se prête à l’exercice et que l’on suit cette logique, toujours repousser la réponse à nos propres besoins afin de favoriser ceux des autres ferait de nous de meilleures femmes, de meilleures mères, de meilleures amies et de meilleures conjointes.

Dans la réalité, négliger mes besoins me rend apathique, impatiente avec mes enfants, isolée de mes amis, exigeante et distante envers mon conjoint. Je n’y trouve aucun bénéfice à part celui de me complaire dans la victimisation et encore là, ça devient rapidement lassant.

Inconsciemment, la femme qui ne se choisi pas attend des autres qu’ils répondent à ses besoins. Et attendre qu’une force extérieure comble nos attentes vient avec son lot de frustrations car on ne contrôle pas la volonté d’autrui.

Se prendre en main

C’est le constat que j’ai moi-même fait, il n’y a pas si longtemps. J’imagine que comme beaucoup de femmes, le fait de devenir mère a été le prétexte pour cesser de me prioriser.

Mais voilà, trois ans plus tard, je me rends compte que ce dévouement, ou cet apparence de dévouement (j’y reviendrai plus tard) envers mes enfants a eu un effet pervers, celui d’être devenue le contraire des valeurs que je veux leur transmettre.

Comment puis-je leur apprendre à nourrir leur corps d’aliments sains si j’opte pour la paresse et ingère moi-même la première chose qui me tombe sous la main sans égare envers sa valeur nutritive? Comment puis-je les inviter à bouger et être actifs si je suis tellement en mauvaise forme qu’à chaque fois que j’essais de les suivre mon corps se coince? Comment puis-je restreindre leur temps passé devant un écran si j’y suis moi-même rivée toute la journée?

C’était peut-être vrai dans le temps de nos grands-parents que les tâches à accomplir étaient telles qu’il ne leur restait plus beaucoup de temps pour prendre soins d’eux. De nos jours, par contre, les familles sont moins grandes, les deux parents sont plus souvent impliqués dans l’éducation des enfants et beaucoup d’outils sont à notre disposition pour faciliter nos tâches quotidiennes. Et pourtant on a quand même le sentiment d’être débordées.

C’est pour ça que je parle de faux dévouement. La vérité c’est qu’on perd souvent notre temps à s’étourdir afin de fuire notre réalité et que ces précieuses minutes perdues à naviguer inconsciemment sur les réseaux sociaux pourrait être occupées par des actions qui nous servent vraiment, qui nous font réellement du bien.

Dans mon cas, ce qui a grandement contribué à ce sentiment, c’est que plus je me négligeais plus j’avais une mauvaise estime de moi, plus je me sentais apathique et plus je développais ces comportements de fuite afin de ne pas y faire face. Je me suis retrouvée dans un cercle vicieux très pervers duquel il me semblait impossible de sortir.

Mais c’est quand je me suis enfin regardée en pleine face et que j’ai cessé de fuire cette réalité que je m’étais créée qu’enfin je me suis rendue compte que ma vie n’était pas celle que je m’étais imaginée, celle dont j’avais rêvé et que personne n’allait venir me sauver sauf moi. Si je voulais que quelque chose change, je devais me prendre en main.

Qu’est-ce que j’ai fait?

J’ai mis la maudite culpabilité de côté et je me suis connectée à mon divin masculin ; cette partie de moi qui n’a pas honte de se prioriser, qui ne s’en excuse pas.

Donc, par où devais-je commencer? Pour pouvoir prioriser, il me fallait d’abord connaître mes priorités, ce qui est essentiel pour moi. Bien entendu, plusieurs sphères de ma vie m’apparaissaient d’égale importance. Comment pouvais-je les classer les unes par rapport aux autres?

Afin de m’aider à prioriser, j’ai choisi d’envisager les différentes sphères de ma vie non pas en terme d’importance mais plutôt en terme de fondation. Quelle sphère de ma vie était le fondement des autres, quelle sphère de ma vie était un préalable à l’établissement solide des autres sphères importantes?

Par la suite, je me suis questionnée sur ma vision du bonheur. Cela m’a permis d’observer un peu plus toutes ces tâches qui tombent dans la case des obligations. Est-ce que ces obligations cadrent avec mon idée d’une vie heureuse? Servent-elles un dessein plus grand qui me permettra d’atteindre mes objectifs ou ai-je adopté ces obligations parce que la société me pousse à croire que je devrais le faire? Je me suis vite rendue compte que plusieurs de ces obligations n’en étaient pas. J'ai choisi de m’affranchir de la pression sociale et de choisir uniquement les obligations qui me supportent dans ma définition d’une vie plus heureuse. Cela s’est avéré très libérateur.

C’est donc ainsi que j’ai créé mon échelle de priorité dans laquelle je ne passe plus en dernier.

Vivre en cohérence

Avec le recule, cette prise de conscience m’a permise de regarder mon propre paradoxe en pleine face et a confirmé mon désir de vivre de façon alignée.

Je sais que cela implique de ne plus vivre sur le pilote automatique et d’apporter plus de conscience dans ma vie. Ça me fait peur que de choisir de ne plus me réfugier dans ces comportements de réconfort autodestructeurs, de ne plus avancer dans la vie comme un zombie et de reprendre le contrôle du gouvernail, mais mon désir de concordance est plus grand que la peur.

Se choisir a un coût, cela vient avec le fait de faire certains sacrifices, de réaménager ses journées pour faire plus de place à ce qui compte et de laisser aller ce qui ne nous sert pas vraiment.

Est-ce difficile pour vous de vous prioriser? Quelle action prendrez-vous aujourd’hui afin d’y remédier?